En français big fucking time !

Portrait-cropé

C’est l’histoire d’une femme qui va chez McDo, déjà le choix est discutable mais ne jugeons pas. Qui n’a jamais frémi de la narine en passant devant une arche dorée ? Cette odeur reconnaissable entre toutes, si invariablement semblable à l’odeur d’un autre McDo, dans un autre lieu et un autre temps, immuable et rassurante. Une odeur et un goût tellement rigoureusement constant, on se demande comment ça peut être de la nourriture. Ça n’en est pas.

Donc, une dame sent les effluves caractéristiques d’un McDo. Ses synapses s’activent, l’odeur bien enregistrée active le centre du plaisir, réveille un souvenir d’enfance : le confort et la sécurité, Kermit la grenouille en figurine à collectionner, Miss Piggie sur un tricycle, les années Disney, l’insouciance et les plaisirs simples, moutarde jaune baseball, cornichons tranchés égaux. La dame salive. Qui n’a jamais eu une petite rechute de McDo du genre ? Les consommateurs de substances psychotropes connaissent le phénomène. On ne va pas chez McDo pour se nourrir, on y va pour un fix.

Bref, la dame s’y rend et commande. L’employée lui parle anglais. La dame insiste pour être servie en français. L’employée se crinque, tout le monde devrait parler anglais. Point. La dame parle anglais, mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui elle est cliente, dans sa ville, dans son pays et elle veut le faire dans sa langue. Légitime.

Elle porte plainte. McDo s’excuse, deux Mcflurries gratuit, merci thank you and come again. Fuck !

Est-ce que le français est menacé au Québec ? Pas partout. À Montréal ? Hell yes ! On s’anglicise. On le fait vite et on le fait bien. À l’oral et encore plus inquiétant à mon avis, à l’écrit. Faut dire qu’il y a une tendance à écrire comme l’on parle. Ça donne de belles pièces de théâtre, des œuvres vivantes, mais aussi des chroniques franchement déprimantes. Et on ne peut pas blâmer McDo.

Des mots anglais ici et là pour ponctuer le discours, j’en utilise, j’avoue, à l’oral comme à l’écrit. L’échange fait partie de notre ADN, normal qu’on emprunte quelques mots au voisin. Quoi de plus naturel qu’emmêler nos langues ? Entourés d’hispanophones, nous adopterions certainement quelques puta madre bien sentis et qui sait, peut-être quelques jolies paroles aussi. Mais nous sommes en Amérique. Et parfois, certaines choses s’expriment mieux en anglais. Mais je m’inquiète quand certaines choses ne s’expriment plus qu’en anglais parce qu’on n’arrive plus à les exprimer autrement. Triste. Triste et inquiétant.

New-brunswification de la langue au Québec. J’aime les accents maritimes, mais ici, pas de quoi se faire un high five. Je l’entends souvent et je le lis de plus en plus souvent. Parfois ça crée un effet de style, souvent non.

C’est bad ? Ben je suis pas prête à dire que c’est good. On oublie qu’on peut dire beaucoup et de plein de façons dans la langue de Vigneault. « Yo man, Gille Vigneault y’est trop hot. Il m’a dead ! » Non, on n’entendrait pas ça. Random shit, ce serait vraiment trop akward.

On est queer, vegan, organic, easy going. Let it be. Oh well, la vie change, la langue aussi, day by day. Get over it. Move on. Pour l’histoire de McDo en tout cas, 2 McFlurries ? Really !? Slow clap. Big fail, big fucking fail. C’est fucked up pareil. On like, on post, on share, on troll, on scroll, up and down. On laugh out loud, on fucking LOL. Quand c’est rendu qu’on sait pus rire dans sa langue, j’ai le goût de brailler. Facepalm.

Et comptez pas sur Mélanie Joly pour défendre la « langue francophone » [sic] et quand j’entends Justin parler, I rest my case. Let’s face it, on a une responsabilité I guess. Anyways, in the mean time, j’écris en français big fucking time !

Parole de Cassouille

7 commentaires

  1. J’ai récemment félicité une caissière à mon Provigo de ènedidji Montréal-Ouest adjacent parce qu’elle m’a dit bonjour sans ajouter l’insupportable hi.

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    1. Bonjour-Hi Janine!

      Welcome en deux-mille-seize.

      Pour vrai (For real), je suis enseignant dans un collège privé où 60% de la clientèle parle une autre langue que le français comme 1ere langue et c’est malheureusement une cause perdue.
      J’adore le style et le verbe de l’auteure du texte ci-dessus mais let’s face it, nous faisons face à une uphill battle. La langue change, la langue évolue. Si cette évolution est synonyme de ‘New-brunswification’… I say SO BE IT. Au moins nous aurons connu l’époque où le français (québécois) était ‘beau’ et ‘pur’. Mais c’est irréversible. Si vous croyez que je suis dans le champ, allez faire un tour à Jean-Eudes, à Regina Assumpta, à Brébeuf, à Notre-Dame et let me know ce que vous en pensez.

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  2. Ce n’est certes pas en baissant les bras et en étant défaitistes que nous réussirons à faire aimer notre langue. Enseignante d’anglais, je ne me gêne pas pour dire à mes élèves que la langue de Shakespear est une langue de paresseux ; plus du tiers du dictionnaire anglais est composé d’emprunts… au français! sans parler des verbes qui ne changent jamais de forme. Facile, l’anglais? Eh oui! Unique langue dans le monde des affaires? Totalement faux! Même si j’enseigne l’anglais, je répète à mes élèves que je suis en amour avec ma langue maternelle, puisque c’est une langue sensuelle (aux dires de tous les anglophones… sauf ceux du Canada…), une langue romantique, qui danse au gré des vagues de ses accents toniques. Lorsque mes élèves voient à quel point j’aime ma langue maternelle, ils deviennent, tranquillement, plus intéressés à mieux l’apprendre et, à être moins paresseux. Après tout, le français est considéré (aux États-Unis, à tout le moins… pas au Canada et encore moins au Québec) comme étant la langue des gens cultivés ayant reçu une bonne éducation.

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  3. Je suis un cris d’anglais né à Toronto et ces paroles me fait chier. Je fais mon mieux en français et pour certains il ne sera jamais assez. L’anglais est ben rempli de gallicismes et on ne se plaint pas. Y a des fonctionnaires qui ne fait même pas un effort de prononcer mon nom et dit « peu importe » si je les corrige. C’est irrespectueux et j’attends que ça aille arriver, ben souvent.

    Entre mes amis on dit des gallicismes comme « Aweille, we gotta get the « dep ». I « take » (au lieu de « have) » a beer on a « terrace ». Where’s the « toilettes »? « Déguelasse! ». Don’t be so « quétaine »!

    Le français est menacé à Montréal parce que beaucoup des francophones ne veulent pas vivre qu’à la couronne. Le vide laissé par les français sera pris de plus en plus par des immigrants qui fait leurs propres chemins en crissant le dirigisme linguistique. Si vous voulez une Montréal française, vive ici ma chialeuse.

    Oh yeah. Merci d’avoir modernisé « la vielle dame d’Eaton’s » à « l’ado de McDo ». Cela est devenu super désuet.

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    1. Le texte s’adressait aux francophones qui ne font pas l’effort d’utiliser les bons termes dans leur propre langue. Eux (et je m’inclus) ont leur part de responsabilité dans le déclin du français. Les anglophones qui, comme vous, font de leur mieux pour employer un français correct ne sont nullement visés par ce texte. Que des fonctionnaires vous manquent de respect en se foutant de la prononciation de votre nom me désole sincèrement.

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