Je ne suis pas Claire Pimparé

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Socrates disait Connais-toi toi-même  Depeche Mode chantait Be your own personal Jesus. J’essaie. Mais faut gérer les attentes…

En 1989, j’ai sauvé mon école d’un incendie. En 1991, je l’ai sauvée d’un tireur fou.             En 1999, j’ai désamorcé un engin explosif attaché à ma chaise en suivant les directives d’un artificier de l’escouade anti-bombe, sur la trame sonore de Run Lola Run. Du plus bel effet ! En 2009, j’ai pris les commandes d’un Airbus 330 rempli de passagers paniqués. Les pilotes assassinés par des terroristes, évidemment. J’ai posé l’engin sur le tarmac en suivant les directives des contrôleurs aériens.

Mai 1992. Feux d’artifice du 350e anniversaire de Montréal. Place Jacques-Cartier. Ambiance familiale et festive. J’ai peur. Trop de monde. Trop proche. Trop serré. L’air ne passe plus. Si la foule panique, je suis morte. Hyperventilation. J’ai fini dans les airs, au-dessus des têtes dans les bras du chum d’une amie de ma sœur. Un grand 6’3’’.

J’ai toujours rêvé de posséder un géant, je crois que ça remonte à ce soir-là.

Mai 2012. Manif de la crise étudiante. Pow ! grenade assourdissante. L’air pique. La gorge me gratte. Si la foule panique, je suis morte. Je cours en gougounes avec mon petit panier de vélo à provisions en faisant, « hiiii MÔMAN » comme une matante de cinquante ans. Je n’ai qu’un but : me pousser !

Je fantasme de sauver la foule d’un péril extraordinaire, mais je sais très bien que je suis celle dans la foule qui se sauve en pilant sur les corps. Heureusement, je pèse pas trop lourd et en saison, je porte des gougounes, ça grafigne moins.

Pas facile de s’avouer banale, ordinaire et chieuse.

Faire la paix. Des fois, je me dis que je devrais consulter. Mais je repousse l’échéance. Aller dépenser 100$ pour être mal à l’aise devant un étranger, je ne suis pas pressée. J’aime mieux être mon propre psy. Mon auto-psy. Autopsie. Je me dissèque moi-même sans attendre d’être morte. Pourquoi pas ? Bistouri !

Le décalage entre qui je voudrais être et qui je suis est vertigineux. L’expérience de la chute libre d’un saut en tandem sans dépenser 375 $.

J’ai de grandes ambitions héroïques, mais les capacités d’une perchaude.

J’interroge mon psy intérieur. How does that make you feel ? Mon psy intérieur parle anglais. Pour pas que je m’aperçoive que je me parle à moi-même. Stratégie.

I feel désappointée en hostie.

How feel you ? Afraid are you ? Des fois, mon psy s’exprime en Yoda. Mais juste le temps d’un court flash. Le plan suivant il se met à frapper R2D2 avec un bâton et je sais que je ne pourrai jamais me fier à son jugement.

Faire le constat de tout ce que je suis et ne suis pas. Source infinie de déceptions, mais parfois de joie aussi.

Je ne suis pas un héros, mais je ne suis pas un agresseur. Je croyais que ça allait de soi, mais par les temps qui courent, semblerait que ce soit un plus. Yé !

Je ne suis pas Shakira. Je ne suis pas une panthère. Mon charme est ailleurs. Le modèle panthère lascive ondulant comme une loutre, ça ne fait pas bien à tout le monde. Faut pas forcer. Des fois, juste avoir l’air ben dans du linge pas trop mou, ça fait la job.

Je ne suis pas Céline Galipeau. Je ne suis pas Mélanie Joly. Dans un des deux cas, ça me soulage, mais je ne dis pas lequel.

Je suis mauvaise perdante, mais je fais semblant que non. Des fois, je me crois.

Je ne suis pas le Doc Mailloux. Dommage, j’aimerais avoir l’air d’un criss de fou et gagner ma vie en étant une nuisance.

Je suis territoriale. Hier au café, un homme s’approche « Excusez-moi, je peux prendre une serviette de table ? » et il avance sa grosse main aux phalanges poilues à 2 centimètres de mon assiette. Je l’ai mordue. J’aime pas qu’on s’approche de ma nourriture. J’aime pas qu’on regarde ma nourriture. J’aime pas recevoir des becs quand je mange. J’aime pas en donner. Dans une vie antérieure, j’étais un fox-terrier. On ne protège jamais trop sa gamelle. Jamais.

Je ne suis pas Claire Pimparé. J’aurais bien aimé. C’est un nom qui frôle la perfection. Claire Pimparé ! Ça sonne ! Qui êtes-vous ? Claire Pimparé! Voilà. Rien à ajouter, tout a été dit.

Je ne suis pas un génie.                                                                                                                       Je ne suis pas ingénieure.

Je ne suis pas maréchal-ferrant. Ça me fait ni chaud ni froid. On a tous besoin d’un comparatif neutre.

Je ne suis pas Martin Coiteux. Ça me fait ni chaud ni froid. On a tous besoin d’un comparatif neutre.

Je ne suis pas la Fée des étoiles et ça me réjouit. Un sourire sans substance dans une robe de taffetas cheap avec une baguette sans pouvoir, c’est pas féérique, c’est une punition. Une pauvre fille à qui on a appris à être fine à défaut de lui apprendre à être quelqu’un.

Je ne suis pas autodidacte. Je pogne les nerfs dès que je ne maîtrise pas quelque chose. Les fichiers Excel, les chorégraphies de groupe, la couture, la salsa, le Harlem shake, les dessins dans la mousse du café, le filtre de la balayeuse, les emballages cadeaux, l’ostie d’origami. Je pogne les nerfs souvent.

Je ne suis pas l’Aga Khan. Je ne suis pas Stephen Bronfman.                                                         Je suis contre les Paradis fiscaux. J’ai des placements dans les banques. Donc, j’ai de l’argent dans les paradis fiscaux. Je suis incohérente. Comme tout le monde. #JesuisBono

So what you’re gonna do about it ?

Chialer ! Mon grand-père Victor, Dieu ait son âme, m’a dit: « Cassandre, t’as un talent dans la vie, c’est le chialage… Ben chiale ! »

J’essaie grand-papa, j’essaie. Je ne suis pas une super héros, mais je suis prête à être une super grognon en robe de taffetas et baguette magique. La Fée du chialage, ça me plaît.